Seiyoucha

23 novembre 2007

Seiyôcha : la voie du thé pratiquée en Occident...

Le blog d'un pratiquant débutant sur la voie du thé, le chadô.

Le nom tout d'abord : Seiyôcha. En kanji (caractères japonais), ce nom s'écrit 西洋茶. Il signifie "le thé de l'occident", ou plutôt "le thé en occident".

Sen Soshitsu XV, Grand-Maître (Daisôshô) de l'école Urasenke, aime utiliser des ustensiles étrangers et encourage les pratiquants étrangers à utiliser des ustensiles fabriqués dans leur pays. Apprenant la voie du thé en France, je suis heureux d'essayer de mettre en pratique ses recommandations. Un thé à la croisée du Japon et de l'Occident, qui essaie d'être fidèle à la tradition japonaise mais se veut ancré dans mon pays, la France.

Il n'est pas toujours nécessaire de disposer des ustensiles spécifiquement prévus pour le thé. Alors que Sen Sôshitsu XV voyageait en Occident pour présenter le thé dans les années 50, il dû souvent improviser avec les moyens existant sur place.

"L'une des joies et des défis du chanoyu est d'assembler, ici et là, l'équipement nécessaire. C'est pourquoi on pense qu'il est meilleur de pratiquer le chanoyu conformément à la situation et de nourrir sa capacité à imaginer ce que vous pouvez.
Il y a une trentaine d'années, quand pour la première fois je voyageais avec ma femme, les conditions étaient très difficiles. Aujourd'hui, il y a des branches de l'école Urasenke un peu partout dans le monde, et les ustensiles et les salles de thé portables sont facilement disponibles. Mais à cette époque, nous voyagions en transportant réellement nos propres nattes, braseros et bouilloires. Puisque les nattes [- des tatamis -] étaient d'un type inhabituel, on nous demandait souvent de les laisser sur place, ce que nous faisions. Mais en arrivant à l'étape suivante [de notre voyage], nous n'avions plus de nattes. Nous fabriquions alors en urgence un ou deux "tatamis" en étendant par terre nos draps et en collant du ruban adhésif noir. Et bien que nous avions un brasero et une bouilloire, nous n'avions souvent pas de planche (shikiita) sur laquelle les poser. Dans les occasions de ce genre, nous étions obligés d'emprunter un plateau à l'embassade japonaise ou au consultat général et de l'utiliser comme shikiita de fortune. Je peux parler de tout cela parce que j'ai dû m'adapter à toutes sortes de matériels pour faire des démonstrations de chanoyu."

(Sen Sôshitsu XV, "Reflections on Chanoyu", in "Tea in Japan, Essays on the History of Chanoyu", p 237. Traduction de Paul Grassart.)

De quoi parlera ce blog ?

De mes recherches personnelles sur la voie du thé. Je ne suis qu'un pratiquant débutant, je ne prétend détenir aucune vérité ni aucune autorité en la matière. Il est d'ailleurs très délicat pour un débutant de s'exprimer sur ce sujet.

Aussi, je proposerai au fur et à mesure mes réflexions, les informations que je collecte, mes propres théories, mes chroniques... un journal de thé, en sorte. J'essaierai de présenter aussi un peu la pratique du thé, pour aider à mieux faire connaître cette voie. Mais rappelle-toi, ami lecteur, que je présente tout ceci avec humilité, que je peux faire des erreurs, et que je changerai peut-être complètement d'opinion lorsque, ayant appris de nouvelles choses, j'aurai un point de vue différent sur la question.

Les thèmes que je souhaite aborder sont la voie du thé japonais (chadô), sa pratique, son histoire, mais aussi des éléments de culture associés à la voie du thé : les traditions artistiques et artisanales, l'architecture, la littérature, la gastronomie...


Pour l'instant, je compte aborder les thématiques suivantes :

  • Chronique et temae : récits de cérémonies, forme de la pratique, en restant encore plus modeste sur ce sujet car je n'ai pas les qualifications nécessaires pour enseigner
  • Chajin et histoire du thé : les hommes qui ont créé et développé le chado actuel
  • Dogu : les objets utilisés dans la cérémonie du thé, leur histoire, leurs techniques de fabrication
  • Arts et lettres : littérature et poésie du thé, calligraphie, peinture et autres arts associés à la voie du thé
  • Culture japonaise : kimono et autres aspects pratiques de la culture japonaise traditionnelle

Et surtout, j'espère avoir votre avis sur ce que j'écris. Je crée ce blog pour partager, aussi j'espère apprendre de mes lecteurs. N'hésitez pas à compléter, corriger, contredire. Je ne suis expert d'aucun de ces sujets.

Bonne lecture !

Posté par Totorokun à 07:54 - Miscellanées - Commentaires [4] - Rétroliens [0]


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Posté par Totorokun à 08:20 - Miscellanées - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

26 novembre 2007

Exposition Satsuma au Musée de Sèvres

A l'occasion du 150e anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises, le Comité Japonais pour l'exposition de SATSUMA (Préfecture de Kagoshima) et le Musée national de céramique de Sèvres organisent une exposition sur la céramique de Satsuma :

Mus_eS_vresSATSUMA - De l'exotisme au japonisme
Du 21 novembre 2007 au 18 février 2008

La Maison de la culture du Japon à Paris organise d'ailleurs du 22 novembre au 15 décembre une exposition sur le thème de la création contemporaine en céramique de Satsuma.

Dans le cadre de l'exposition au Musée de Sèvres, des démonstrations de chanoyu ont lieu tous les jeudi et samedi à 14h et 15h, sur entrée libre. Et pour la première fois, j'ai été convié à participer à ces démonstrations !

Pour démarrer ce blog, dans lequel je souhaite faire des chroniques de réunions de thé, j'ai donc choisi de vous commenter ces démonstrations.
C'est pour moi un exercice intéressant, différent d'une réunion de thé, mais que j'essaie d'aborder dans le même esprit. Je découvre d'une certaine manière le rôle d'assistant dans une réunion où tout est planifié et contrôlé par mon professeur de thé : accueillir les visiteurs, commenter la cérémonie qui leur est présentée en étant attentif au rythme de celle-ci, faire en sorte qu'ils puissent l'apprécier, leur servir un gâteau et un bol de thé... tout en veillant au temps qui passe, puisqu'il faut tenir en 45 minutes pour être prêt à temps pour le groupe suivant. Un excellent apprentissage pour mes futurs chaji, en fait !
Commenter un temae, en l'occurence le service du thé léger usucha, est une occasion de le redécouvrir. A quelle occasion a-t-il lieu ? Quels sont les éléments à mettre en valeur ? Comment en faire ressentir le rythme, la musique, l'échange qui a lieu ? Comment montrer les vertus d'harmonie, de respect, de pureté et de tranquilité ?

Je ne vais pas tout raconter aujourd'hui, il y a tant à dire... Je vais donc me limiter à décrire la pièce de thé que nous avons mis en place, en la mettant en situation.

Lorsque nos visiteurs arrivent, la porte de la salle est fermée. Ils se regroupent donc devant la porte, et nous allons les y accueillir. Ils entrent un à un. La salle est grande, notre "pièce de thé" est tout au fond. Nous les guidons vers leur place : des bancs recouverts de feutrine rouge. Nous les invitons à se mettre à l'aise pour apprécier ce qui va leur être montré.

Espace_pr_sentationOn retrouve ainsi quelque peu l'idée de l'attente au machiai puis au koshikake (les invités se réunissent pour entrer ensemble), la porte joue le rôle de chumon, la porte qui sépare le uchiroji du reste du monde. Et le cheminement pour avancer au fond de la salle rappelle la traversée du rôji. Ils arrivent ainsi dans un monde à part, le monde du thé. J'aime cette notion de se couper de la poussière du monde, d'oublier nos préoccupations pour quelques minutes ou quelques heures, de se consacrer à profiter pleinement de l'échange qui a lieu, ici et maintenant.

La "pièce de thé" est un espace de 3 tatamis, sur une estrade pour que chacun voit bien. Elle est vide quand ils arrivent, elle sera vide quand ils partiront. Là encore, l'idée d'un monde clôt, d'un évènement unique qui doit être apprécié dans l'instant. Les 2 "murs" côté assistance sont ouverts, les deux autres sont formés par des grands paravents. Un paravent doré marque l'emplacement du tokonoma, dont le sol est une planche laquée.
Aujourd'hui, le tokonoma est décoré d'un éventail calligraphié et d'un vase avec une fleur et des herbes. La calligraphie signifie "Du sentiment d'harmonie naît la joie". La fleur contraste avec le reste de la pièce : c'est le seul élément qui ne soit pas fait de main d'homme. Elément unique pour la mettre en valeur, cette fleur donne le sentiment de nature. Sa fraîcheur est celle de la rosée qui nous lave de la poussière du monde. C'est une rose, un bouton de rose blanche. La rose n'est pas une fleur classique du chabana. Mais c'est certainement une fleur occidentale, et la céramique de Satsuma est une production destinée avant tout à l'exportation, tournée vers l'occident, donc. Dans ma culture française me vient à l'esprit le vers de Ronsard :

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

La encore, un sentiment d'éphémère qui nous invite à profiter de l'instant...

Ronsard parle d'une rose pourpre, la nôtre est blanche. Le choix d'une fleur blanche me semble parfaitement approprié : même cette rose s'efface devant la richesse des couleurs de Satsuma. Elle reste modeste, n'entre pas en compétition. C'est d'autant plus frappant que le paravent et l'éventail sont dorés, en harmonie avec le décor kinrande, ce brocard doré propre au style Satsuma.

Furo_mizusashiSur le dogudatami (le tatami où prend place l'hôte), un brasero de bronze (furo) avec une petite bouilloire (kama) et un mizusashi sont disposés sur une planche laquée noire. Le mizusashi est en grès de Satsuma. Son riche décor, vivement coloré, contraste avec la simplicité du tokonoma.

Le thème est donné : partager un instant unique d'harmonie pour apprécier la céramique de Satsuma.


Le décor étant posé, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de la démonstration... En attendant, je vous propose pendant cette semaine de découvrir ensemble la céramique de Satsuma.

Posté par Totorokun à 06:45 - Chroniques - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

27 novembre 2007

Histoire du thé - 1 - Les origines chinoises

Je commence ce blog directement, sans introduction préalable au chanoyu : vous en découvrirez les différentes facettes au fur et à mesure de mes messages... Mais j'ai envie d'en présenter l'histoire, ou du moins ce que j'en sais, en esquissant tout d'abord ses grandes étapes. Une histoire faites d'évènements et de dates, certes, mais surtout d'hommes, qui chacun à leur tour ont défriché la voie du thé et nous ont légué cet immense héritage.

Les origines chinoises

ShennongAu commencement était le thé, et le thé était avec l'Empereur, et le thé était même inventé par l'Empereur. Je parles de Shennong, mythique Empereur de Chine du 3e millénaire avant notre ère, le Divin Laboureur, Dieu de l'agriculture, qui aurait inventé la roue, l'araire, la culture des cinq aliments de base, découvert les plantes médicinales et parmi ces dernières le thé. Et dès cette époque archaïque, il aurait rédigé un Traité sur la nourriture, le Shén nóng běn cǎo jīng, dans lequel il instaure la consommation de thé. La découverte des vertus de cette plante de la famille du camélia n'est d'ailleurs que le fruit du hasard : des feuilles seraient tombées dans la tasse d'eau chaude de l'Empereur pendant qu'il se reposait à l'ombre de l'arbre...
Certains érudits contestent cette version, prétextant que le caractère en question se lit Tou et concerne une plante amère, différente du thé. Ainsi, dans son ouvrage Chûka Chasho, Aoki Masaru identifie la plus ancienne référence écrite au thé dans un passage du Tongyue, publié en 59 avant notre ère, sous le règne de l'empereur Xuandi.

La légende raconte que le thé a été inventé par Boddhidarma, fondateur du Bouddhisme Ch'an et du temple Shaolin au 6e siècle. Ce dernier, qui s'était enfermé dans une grotte pour y méditer et commençait à trouver le temps long, se serait coupé les paupières pour empêcher ses yeux de se fermer. Les paupières germèrent et donnèrent naissance à un arbrisseau dont les feuilles une fois infusées ont la vertu de favoriser la méditation des moines en les aidant à ne pas tomber de sommeil.

Toujours est-il que la consommation du thé est une pratique attestée de longue date parmi les moines du Ch'an. Ainsi Pai Chang (720-814), abbé du Temple du Nuage du Dragon, nous a laissé un code concernant la préparation et la consommation de thé dans les temples (sarei).

Page du ChajingMais le plus grand auteur chinois sur le thé est sans conteste Lu Yu (~733 – 803), le « génie du thé », le « dieu du thé »,  aussi appelé plus prosaïquement Lu Hongjian. Poète excentrique du 8e siècle, fils adoptif de Pai Chang, Lu Yu a composé le Chajing, ou Classique du thé, le premier traité exhaustif concernant la préparation et la consommation du thé. Sans le savoir, il donnait naissance à une grande tradition littéraire, toujours en pratique aujourd'hui et ayant pris un nouvel essort sous la forme de blogs. Et le témoignage de Lu Yu est incontestable  : le thé était déjà couramment consommé en Chine avant son époque.

Epoque propice à tous les excès en matière de thé, puisque son contemporain Lu Tung (795-835) fut quand à lui surnommé le "fou du thé".

Au 8e siècle, le thé ne prenait pas forme de petits sachets de papier contenant un poudre ressemblant à de la poussière, mais de galettes ou de briques de feuilles broyées et compressées, faciles à transporter, qu'il fallait effriter avant de les toréfier (autant pour le goût que pour tuer les vers qui vivaient au chaud dans leur galette) puis de les mettre à bouillir dans de l'eau. Il est difficile d'imaginer le goût de ce thé, puisqu'il était généralement parfumé avec des arômates au goût aussi délicat que l'oignon, le gingembre et le sel.

Brique de théC'est à cette époque que le thé fut introduit en Mongolie, les galettes servant de monnaie d'échange pour acheter des chevaux. Cette forme de préparation s'y est perpétuée jusqu'à aujourd'hui et s'est répandue au Tibet : il y est toujours bouilli, salé, et additionné de beurre de yack ou de vache généralement rance.

Cette façon de consommer le thé disparaît avec la dynastie des Tang, et est remplacée par le thé en poudre sous la dynastie des Song du Nord. Les feuilles sont réduite en une poudre très fine dans une meule de pierre. Cette poudre est battue dans l'eau chaude pour former une mousse épaisse. Au 11e siècle, Cai Xiang est le premier à mentionner par écrit ce nouveau mode de préparation, dans son livre Ch'a Lu (1053). C'est la racine directe du chanoyu japonais.

Plus tard, en 1391, le premier empereur Ming décrète un nouveau changement de préparation : le thé n'est plus conservé sous forme de briques, mais livré à la Cour impériale en feuilles : c'est la naissance au thé infusé en théière, forme aujourd'hui la plus courante et qui s'est répandue dans de nombreuses civilisations (gon fu cha depuis la dynastie Qing, infusion en zhong pour les thés verts depuis le 17e siècle, sencha au Japon, thé anglais, thé d'Asie centrale, thé marocain...)


Theiere Yixing et thé Wulong

Posté par Totorokun à 09:49 - Histoire - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

28 novembre 2007

Satsuma-yaki : 1 - Histoire

Pour commencer la rubrique "yakimono" consacrée à la céramique, je reste sur le thème Satsuma. Cette semaine, je vous propose de parcourir l'histoire de ce style particulier, à l'ornementation colorée et luxueuse.
Satsuma est le nom d'une ancienne province du Japon, au sud de Kyûshû, qui fut réunie avec la province d'Osumi pour former l'actuelle préfecture de Kagoshima.

Les origines 

province_satsuma
Province historique
de Satsuma

Au XVIe siècle, Yoshihiro, 17e dirigeant du clan Shimazu et Daimyo de la province de Satsuma au sud de Kyûshû, revient de la campagne de Corée (1592-1598) en ramenant 80 potiers coréens. Ces derniers établirent des fours à Kagoshima, Kaseda, Kushikino,et Ichiki. A cette époque, les objets coréens étaient tenus en très haute estime par les amateurs de thé, aussi Shimazu espérait-il ainsi améliorer l'économie de sa province.

Pris dans les méandres politiques de la succession de Toyotomi Hideyoshi, Shimazu apporte finalement peu de soutien à ses potiers. Il invite cependant Kim He, le potier coréen le plus apprécié, à établir un four appelé "Uto" près de son château de Chôsa. Kim He produit des bols de qualité, mais ses chaire sont jugés insuffisant. Il est donc envoyé en formation à Seto pendant 5 ans. A son retour en 1608, Yoshihiro s'est établi à Kajiki, aussi Kim He le suit-il et construit un nouveau four, Osato. Il y travaillera pendant 12 ans, jusqu'à la mort de Yoshihiro. Il y a produit aussi bien des bols et des chaire pour le chanoyu que des ustensiles utilitaires, tels que jarres et vases.

SatsumaYaki
Production contemporaine
de Satsuma

Sa production comprend dès le début les prémisses de KuroSatsuma et ShiroSatsuma. Ses chaire à glaçure ferrugineuse (donc sombre) ressemblent au style Oribe ou à la production de Seto. Il utilise généralement plusieurs couches de glaçure noire, brune ou parfois blanche, mais opaque et sèche. Ses production à glaçures claires à base de cendre sont jaune très pâle, et cuites en oxydation. Appelée "habaraki-de", ce qui signifie "seulement cuit", elles étaient vraisemblablement faites à partir d'une argile blanche importée de Corée, dont on a retrouvé des stocks près du four Uto.

Iehisa, le fils de Yoshihiro, établit la capitale du clan à Kagoshima en 1620. le four d'Osato est alors abandonné au profit d'un nouveau four, Tateno. Kim He meurt peu de temps après, mais ses fils prennent la relève. Ils lancent aussi la production de porcelaine dans le style d'Arita, à partir d'argile en provenance d'Izumiyama, près d'Arita.

Le développement du style

En 1620, des potiers découvrent une argile blanche près de Naeshirogawa, au village de Narukawa. La découverte d'argile blanche à Satsuma permet de continuer la production de ShiroSatsuma sans recourir à l'argile coréenne. Le four de Naeshirogawa existe toujours aujourd'hui (village de Miyama).

Ninsei___iroeyoshino
Ninsei
© Fukuoka Art Museum

En 1648, un potier travaillant à Tateno et appelé Wan'emon part se former Kyôto, au four d'Omuro (le four de Nonomura Ninsei, père du style Kyô-yaki). Il en rapporte la technique des émaux polychromes sur couverte, qui permet à Satsuma de commencer à produire des pièces de style "nishiki-e" ("brocart").

En 1667, le four de Ryûmonji est établi. Il utilise une pierre blanche locale dans la composition de sa couverte caractéristique, appelée "dakatsu" (peau de serpent).

La production se développe rapidement, et aboutit à un foisonnement de styles individuels dont certains se sont perpétués jusqu'à nos jours.

A la fin du 17e siècle, on comptera aussi Genryûin et Nishimochidai parmi les principaux centres de production. Au total, on recence 6 fours à Hirasa Sarayama, 1 à Kushikino, 8 à Naeshirogawa, 10 à Kagoshima et 14 au site d'origine, près de Chôsa.

En 1793, Satsuma envoie des potiers dans tout le Japon pour étudier d'autres techniques. Une fois encore, ils ramènent de Kyôto une technique qui va marquer l'avenir de Satsuma : le décor à l'or (kinrande, appris auprès de Kinkôzan Sôbei). Ces techniques sont appliquées sur des grès blancs de Satsuma, puis sur des porcelaines (comme à Arita).

Le développement international

Satsuma_zara

En 1867, le clan Shimazu participe indépendamment du Japon à l'Exposition de Paris, et y présente des céramiques de Satsuma et des porcelaines d'Arita, qui rencontrent un énorme succès en Occident et lancent la mode du japonisme. Les commandes à l'exportation affluent, et Satsuma devient d'un des plus importants centres de céramique d'exportation avec Arita. La plus grande partie de la production partant à l'étranger, le style de Satsuma n'aurant qu'une faible influence sur les autres styles japonais.

Alors que la porcelaine d'Arita était en grande partie expédiée du port d'Imari (qui a donné son nom à cette production), les grès de Satsuma transitent beaucoup par le port de Kobe. Des potiers s'implantent alors à Kobe, puis à Yokohama, pour y produire des pièces de style Satsuma mais fabriquées localement. Kyôto se met à son tour à produire des imitations destinées à l'export, qui prennent le nom de KyôSatsuma.

Aujourd'hui

La production actuelle regroupe un très grand nombre de techniques, avec des potiers implantés un peu partout dans la préfecture de Kagoshima et ailleurs au Japon. Parmi cette production, on distinguera bien sur Satsuma noir, Satsuma blanc et porcelaine, mais aussi six traditions propres aux principaux fours : Katano, Ryumonji, Naeshirogawa, Nishi-mochida, Hirasa, et Tanegashima. Il y a actuellement plus de 200 ateliers de potier en activité dans ce style, employant plus de 450 personnes.

Parmi les artistes les plus connus dans le style Satsuma (à Kagoshima ou ailleurs), on retrouve : Yabu Meizan (Ôsaka), Kinkozan Sôbei (Kyôto), Ryôzan (Kyôto), Taizan (Kyôto), Sôzan, Matsumoto Hôzan, Kôzan, Shizan, Chosyuzan, Yôzan...

Le style

Satsuma_kinrande_chawan
Bol à thé
Style Satsuma kinrande
© Seiyoucha 2007

Le style Satsuma blanc est caractérisé par :

  • sa couleur coquille d'oeuf avec une glaçure transparente craquelée ;
  • sa terre très fine, donnant un grès compact ;
  • son décor très précis mais aussi très chargé, utilisant presque systématiquement l'or en grande quantité. Il associe des formes géométriques abstraites et des illustrations réalistes (fleurs, oiseaux) en motifs ou en scéne réaliste, utilisant couramment la figure humaine dans un style proche de celui des estampes.

Posté par Totorokun à 08:09 - Yakimono - Commentaires [0] - Rétroliens [0]